Détresse psychologique des enseignants : à qui de s’adapter ?

Une étude menée par madame Nathalie Houlfort de l’École nationale d’administration publique auprès de 2400 enseignants du primaire et du secondaire au Québec révèle un taux de détresse psychologique considérable. Une entrevue a été réalisée avec la chercheuse à la radio de Radio-Canada hier (ici pour l’écouter).

Selon cette étude, 19% des enseignants qualifient de “moyenne” ou “médiocre” leur santé mentale, étant affectés par le stress, la surcharge de travail et un manque d’autonomie professionnelle. Dans la population en général, ce taux est de 8,1% (donnée de l’Institut de la statistique du Québec). Les enseignants seraient donc deux fois plus affectés que les autres personnes de la population active.

Toujours selon cette étude, près de la moitié des enseignantes et enseignants vivent de l’anxiété, 60 % présentent des symptômes d’épuisement professionnel au moins une fois par mois, et plus de 20 % en font l’expérience au moins une fois par semaine.

Étant donné qu’elle rapporte un fort engagement des enseignants dans leur travail (”ils aiment enseigner, ils aiment leurs élèves, ils sont passionnés de leur travail”) la chercheuse explique ce taux élevé de détresse psychologique par différents facteurs de nature organisationnelle.

Voici les trois principaux :

1. La charge élevée de travail : ce facteur inclut le manque de temps de préparation des cours et des activités, le manque de temps pour la correction, qui doit souvent être faite à la maison, le temps élevé consacré à des tâches administratives (formulaires, plans d’intervention, bulletins) et le “rythme effréné” des semaines de travail.

2. Les problèmes de gestion de classe : l’énergie consacrée à faire la discipline bien sûr mais surtout “l’ambiguité administrative”(le manque de soutien de la direction) associé à cet aspect du travail.

3. Le manque d’autonomie professionnelle : la difficulté d’organiser son travail de manière à ce qu’il corresponde vraiment à ses valeurs personnelles et le peu de capacité de faire des choix dans les méthodes.

La chercheuse constate que 23% des enseignants souhaiteraient quitter la profession d’ici 5 ans. Les plus affectés sont les professeurs ayant une expérience d’environ 6-7 années d’enseignement (âgés de 30-40 ans). Ce sont donc les personnes qui devraient être au sommet de leur engagement, de leur volonté de dépassement professionnel, qui au contraire ont l’envie de quitter.

Les solutions proposées : ajuster le temps de travail de préparation et de correction, diminuer le nombre d’élèves par classe et augmenter les ressources pour les élèves en difficulté.

Il est toujours intéressant de constater que lorsqu’un nombre significatif de personnes d’un même groupe sont affectées de la même manière, il ne s’agit plus de solliciter les capacités d’adaptation des individus, mais de faire en sorte que l’organisation elle-même s’adapte aux besoins de ses employés. Cet exemple de l’enseignement est des plus révélateurs en ce sens. Les demandes de ressources et de temps, répétées par les divers groupes d’intérêt (syndicats, fédérations, etc.) depuis des années, continuent d’être peu entendues semble-t-il.

Au final, c’est la qualité de l’enseignement qui en souffre, pas seulement les professeurs.

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