Les antidépresseurs font (encore) la une

Inefficaces pour 70% des patients les antidépresseurs ? C’est ce qu’allègue le grand titre du Devoir ce matin.

Je suis toujours sceptique lorsque je lis ce genre de gros titre accrocheur (même dans le Devoir). Avec raison. D’autant plus que les antidépresseurs sont pris par beaucoup de gens et décriés par beaucoup d’autres, à tort ou à raison. L’article précise plus loin que la majorité des personnes qui prennent cette médication (le fameux 70%) souffre de dépression légère à modérée, et que dans ce cas, une étude récente démontre qu’elle n’a pas plus d’effet qu’un placebo. Par contre, la prise d’antidépresseurs pour les personnes qui ont une dépression majeure serait incontestablement efficace.

Le journaliste apporte cependant une nuance importante : les études citées ont eu lieu sur une durée de six semaines seulement. En pratique, je peux vous assurer que c’est à peine le temps que prend le médecin pour déterminer la bonne dose à administrer et le corps pour s’ajuster à la médication. Qu’on ait affaire à des symptômes légers ou non. Il est aussi précisé dans l’article que le taux de rechute est très important après six semaines, peu importe qu’on ait reçu un placebo ou un traitement : la recherche en elle-même constituerait une sorte de traitement puisqu’on peut parler à une infirmière, à un médecin, qu’on a un suivi régulier.

Bref, il faut beaucoup plus de temps pour évaluer l’efficacité des antidépresseurs, quelques mois peut-être. Je peux ajouter que les recherches démontrent de plus en plus d’autres facteurs qui peuvent influencer l’efficacité du traitement aux antidépresseurs : certains facteurs génétiques, la présence d’autres troubles mentaux, la présence de stress important, la consommation d’alcool, l’histoire personnelle, etc.

Un dernier facteur à noter, qui me paraît très intéressant : la préférence de la personne.  Respecter les préférences (médication, psychothérapie individuelle ou de groupe, etc) influencerait l’évolution favorable du traitement en plus de diminuer les chances d’abandon en cours de route (Psychologie Québec, janvier 2008).

J’ai déjà observé ce phénomène dans ma pratique : il ne sert à rien d’aller contre le courant. Si une personne est vraiment inconfortable avec un traitement, quel qu’il soit, comment cela pourrait-il l’aider ? On ne peut tirer sur les fleurs pour qu’elles poussent, dit un proverbe africain.

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