Je ne suis toujours pas parvenue à la fin du rapport Bouchard-Taylor, qui constitue une lecture demandant toutes mes capacités intellectuelles par sa complexité et sa précision.
Ce que j’ai lu me semble juste, mesuré, nuancé, et offrir des pistes importantes de réflexion sur les rapports interculturels. Détentrice d’une maîtrise portant sur ce domaine je suis impressionnée par la rigueur et le doigté avec lequel les deux signataires abordent ces questions épineuses qui touchent les identités culturelles, les valeurs et les comportements qui s’entre-choquent dans ce type de rapports sociaux.
Ce qui me sidère par contre, c’est la rapidité avec laquelle les politiciens ont fait des déclarations importantes dans ce dossier (voir entre autres, l’édition du 23 mai du Devoir pour des articles complets sur cette question) : par exemple, les décisions concernant la place du crucifix à l’Assemblée Nationale, la prière dans les conseils municipaux, etc. Cela tient de la précipitation, à mon avis.
Cette attitude correspond tout à fait à ce que notent les deux commissaires au début de leur rapport :
Cette condition constitue pour eux une prémisse de base afin de parvenir à “conjuguer les différences culturelles” (p.21). Parmi ces conditions, je note aussi celle de ne pas céder à la peur ou au rejet de l’autre ainsi que celle de lutter contre les inégalités et la pauvreté. Cette dernière condition prend tout son sens lorsqu’on constate ce qui se passe présentement en Afrique du Sud, où des travailleurs migrants sont assassinés car ils sont accusés de voler les emplois. Il s’agit évidemment d’un tout autre contexte dans lequel la pauvreté est beaucoup plus criante.
Il faut cependant retenir que la peur et la colère peuvent mener à bien des dérives, qu’il s’agisse des rapports entre les individus ou entre les groupes. Ces émotions puissantes entraînent une diminution importante de la capacité d’empathie qui, en plus d’une bonne connaissance de la culture et une bonne confiance en soi, est une des conditions essentielles à de bons rapports entre les cultures.
Certains politiciens semblent peu au fait de ces nuances et confondent “aplatventrisme” avec empathie. Ils sont subjugués par l’action au détriment de la réflexion et surtout au détriment du dialogue auquel nous convient Bouchard et Taylor dans leur texte.