La psychothérapie : plus efficace que les antidépresseurs selon les études

 

Voici un article très révélateur paru dans le Soleil. Je trouve particulièrement intéressants les résultats impliquant les placébos et ceux qui concernent l’approche psychodynamique. Voici l’article intégralement.

 

Publié le 12 janvier 2014 à 05h00 | Mis à jour le 12 janvier 2014 à 05h00

La science penche pour la psychothérapie

Scientifiquement parlant, il n'est plus possible de douter... (Photothèque Le Soleil) 

 

Yves Dalpé
YVES DALPÉ
Collaboration spéciale 

Le Soleil

(Québec) Les sceptiques ont longtemps douté de l’efficacité de la psychothérapie, mais on ne peut plus le faire sur une base scientifique. Les explications suivantes proviennent de la revueAmerican Psychologist (2010 et 2011) écrites par Jonathan Shedler, spécialiste en méthodes de recherche et en psychométrie, professeur à l’École de médecine de l’Université du Colorado. Aujourd’hui, je serai plus aride que d’habitude, j’en conviens.

En psychologie et en médecine, pour étudier l’efficacité des interventions cliniques, on utilise une méthode qui s’appelle la méta-analyse. Cette méthode consiste à analyser les résultats de plusieurs recherches déjà effectuées auparavant par différents chercheurs pour en tirer de nouvelles conclusions. Comme il faut alors une mesure statistique commune pour établir des comparaisons valables, on utilise la valeur de l’effet (effect size) qui établit la différence entre un traitement particulier et d’autres traitements.

Pour éviter trop de détails techniques, je vais droit au but et je vous transmets les différentes valeurs (effect sizes) qui établissent le degré de succès des divers traitements. Une valeur de 0.80 et plus signifie que le traitement est largement réussi. Une valeur de 0.50 est considérée comme un succès moyen, tandis que 0.20 indique un succès minime.

En 1980, la première méta-analyse d’envergure effectuée en psychothérapie a été faite sur 475 recherches antérieures et a donné 0.85 comme valeur de l’effet sur les différents traitements psychothérapeutiques des clients traités. En 1993, une autre méta-analyse a obtenu le chiffre de 0.75. Ces résultats sont donc convaincants. La psychothérapie a passé largement le test, elle est très efficace.

 

Maintenant, si on fait le même exercice avec l’approche médicamenteuse pour la dépression, la comparaison est clairement en défaveur des antidépresseurs. Les résultats publiés par le prestigieux New England Journal of Medicine à partir des données officielles des dernières années de la Food and Drug Administration en arrivent aux maigres valeurs de l’effet de 0.21 pour Celexa, 0.26 pour Prozac, 0.26 pour Zoloft, 0.31 pour Lexapro et 0.30 pour Cymbalta. La moyenne de tous les antidépresseurs pris ensemble est de seulement 0.31. En 2004, une autre méta-analyse, celle-là publiée dans le prestigieux Cochrane Library, a trouvé une valeur de l’effet encore plus insignifiante, soit 0.17 pour les antidépresseurs tricycliques (Prozac, Effexor, etc.)!

Comment expliquer ce faible résultat de 0.17 pour ces antidépresseurs? C’est que pour une fois, on a contrôlé l’effet placebo. Comme on sait que les effets secondaires des antidépresseurs (par exemple la bouche sèche, la sudation, etc.) renforcent la croyance subjective des patients que le produit est efficace, les chercheurs ont administré un placébo actif qui mimait les effets secondaires des antidépresseurs sans être un antidépresseur. Étant donné que dans les recherches l’efficacité des antidépresseurs est mesurée de façon purement subjective en demandant aux gens déprimés s’ils se sentent déprimés ou non, ceux qui pensent prendre un réel antidépresseur évaluent l’amélioration de leur état plus favorablement. Mais en enlevant aux gens le moyen de savoir s’ils prenaient ou non un véritable antidépresseur, alors là, l’efficacité du réel antidépresseur est tombée de façon draconienne par rapport au placebo.

Moins de soins médicaux

Par ailleurs, dans son article de 2010, Shedler démontre de façon magistrale comment la psychothérapie psychodynamique est trois fois plus efficace que les antidépresseurs les plus populaires. Contrairement à ce qu’on pense, cette forme de psychothérapie qui met l’accent sur la réflexion sur soi pour aller à la racine des souffrances est au moins aussi efficace sinon plus efficace que les formes de thérapie orientées sur les symptômes comme la thérapie cognitive comportementale, toujours selon les méta-analyses de ce spécialiste en psychométrie.

Pour donner une idée de l’efficacité de l’approche psychodynamique, une méta-analyse réalisée en 2009 en a conclu que les personnes souffrant de désordres somatiques différents (troubles dermatologiques, neurologiques, cardiovasculaires, respiratoires, gastro-intestinaux, génito-urinaires et immunologiques) avaient réduit de 77,8 % leur utilisation de soins médicaux s’ils avaient suivi une thérapie psychodynamique. Évidemment, ce genre de recherche peut avoir des conséquences incroyables sur l’organisation efficace des soins de la santé en démontrant l’importance phénoménale de l’approche psychologique. Des sommes considérables sont en jeu pour le budget gouvernemental.

Je vous ai peut-être submergé un peu trop de statistiques aujourd’hui, mais j’avais le désir d’amener mes lecteurs au fond des choses. En réalité, je voulais donner une idée du sérieux de mes propos quand j’aborde des sujets comme l’efficacité de la psychothérapie en relation avec les antidépresseurs. Vous pouvez me joindre par courriel pour obtenir la référence de mes sources. Je sais que des lecteurs sont choqués par mes propos quand j’ose relativiser l’efficacité des antidépresseurs.

 

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