Vos émotions vous nuisent elles ?

Mes clients sont souvent démunis devant leurs émotions. Comme si en apprenant fort bien à penser, réfléchir, prendre des décisions rationnelles, en maîtrisant de son mieux et en contrôlant ses émotions on perdait de vue cette partie de nous mêmes. Quand elles se manifestent, les émotions créent un malaise, elles sont perçues comme des obstacles et créent de l’anxiété.

J’ai souvent l’impression que les gens ont tendance à voir les émotions de deux façons : soit elles nous emportent et on fait une “crise” (de larmes, de colère par exemple), soit on les contrôle si bien qu’elles ne nous dérangent plus, ni les autres d’ailleurs. Elles ne jouent donc plus leur rôle.

À quoi servent les émotions ?

Les émotions de base, que certains auteurs appellent les affects biologiques (Schore, 2008), sont par exemple : le plaisir ou l’excitation, la peur, la rage, le dégoût, la honte, etc. Au plan biologique, ces émotions ont une fonction de protection de l’espèce, elles donnent à l’humain la capacité d’avoir des réactions appropriées pour réagir aux situations qui mettent sa vie ou celle de sa progéniture en danger.

“C’est vrai que si t’es dans le bois face à face avec un ours pis que t’es fâché d’avoir peur, t’iras pas loin…”

Cette phrase me servira à illustrer deux phénomènes.

Le premier, par la négative : dans notre vie moderne, il est plutôt rare qu’on soit en danger de mort, mais on vit quand même une bonne dose d’émotions. À quoi servent-elles alors ?

  1. À nous informer de ce qui se passe dans notre organisme (tensions, boule dans la gorge, tremblements, moiteur des mains, etc.).
  2. À prendre des décisions : par exemple “Quand je pense à cette option, ça me dégoûte…”
  3. À passer à l’action. Une émotion claire donne une dose d’énergie impressionnante pour mettre en action ce qu’on a décidé.
  4. À communiquer, à mettre des mots justes sur ce qu’on souhaite.
  5. À se souvenir aussi. Les événements et toutes les choses associées à une émotion sont mémorisées beaucoup plus aisément et restent en mémoire plus longtemps.

Le deuxième, assez fascinant, c’est la méta-émotion (Brillon, 2010). Une émotion ressentie à cause d’une autre. On peut, comme dans la phrase plus haut, être en colère d’avoir peur. On peut aussi être honteux d’être joyeux, ou fâché d’être dégoûté. Toutes les combinaisons sont possibles. Ces méta-émotions sont souvent des obstacles majeurs au plein contact avec les affects. Elles rendent impossible l’acceptation et l’expression saine des émotions.

Exprimer sainement ses émotions

C’est, au mieux, à mi-chemin entre la crise et le contrôle (ou le déni). C’est lorsqu’on est capable de reconnaître que l’émotion est à soi, qu’elle est légitime, qu’on peut respirer “dans” cette émotion et avoir de la compassion pour soi. Sans oublier les autres. C’est aussi respecter que les autres ne vivent pas la même chose, qu’ils ne sont pas responsables de notre vécu et qu’on a pas à leur faire subir. Qu’elles ne soient destructrices ni pour soi ni pour les personnes qui nous entourent.

Comment faire ? Respirer, prendre le temps de ressentir et de tolérer ce qui est ressenti sans agir, reconnaître que cela m’appartient “Je rage, Je lui en veut, J’ai honte, Je suis jaloux, etc.”, en parler à quelqu’un qui n’est pas impliqué et en parler à la (ou les) personne concernée dans un moment approprié lorsque c’est possible et nécessaire.

Références :

Brillon, P. (2010). Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique. Les Éditions Québecor, 456 pages.

Schore, A. (2008). La régulation affective et la réparation du Soi. Les Éditions du CIG, 416 pages.

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